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Saisie de SCI : biens immobiliers, parts sociales et procédures applicables

Table des matières

Oui, une SCI peut être saisie. Les modalités varient radicalement selon que vous ciblez les biens immobiliers de la société ou les parts sociales d’un associé. La saisie de SCI repose d’abord sur un principe fondamental : la société civile immobilière est une personne morale distincte de ses associés, avec un patrimoine propre. C’est ce mur de séparation que tout créancier doit apprendre à franchir, ou à contourner.

Selon votre position, créancier de la SCI elle-même ou créancier personnel d’un associé, les outils à votre disposition sont radicalement différents. Dans le premier cas, vous pouvez viser les actifs immobiliers de la société. Dans le second, vous êtes limité aux parts sociales de votre débiteur. Les sections suivantes détaillent les types de saisies, les procédures applicables, la responsabilité des associés et les recours face aux montages visant à organiser l’insolvabilité.

L’essentiel à retenir

  • Une SCI peut être saisie : ses biens immobiliers, ses créances de loyers, ses comptes bancaires et ses parts sociales sont tous saisissables.
  • Le créancier personnel d’un associé ne peut pas saisir directement les immeubles de la SCI : seules les parts sociales de l’associé débiteur sont accessibles.
  • La saisie des parts sociales est réalisée sans commandement préalable, sur le fondement de l’article L.231-1 CPCE, avec un délai d’un mois pour une vente amiable.
  • Les associés répondent des dettes de la SCI sur leur patrimoine personnel, mais de façon indéfinie, non solidaire et subsidiaire (art. 1857 C. civ.).
  • Depuis la loi Macron du 5 août 2015, la résidence principale des associés est insaisissable de plein droit.

SCI et séparation des patrimoines : ce que cela change pour le créancier

La SCI est une personne morale à part entière. Son patrimoine est distinct de celui de ses associés et se compose principalement des biens immobiliers apportés à la constitution ou acquis ultérieurement. Cette séparation est le premier obstacle qu’un créancier rencontre : on ne peut pas saisir n’importe quoi sur n’importe qui.

Un créancier personnel d’un associé ne peut pas saisir les immeubles détenus par la SCI. Ces biens appartiennent à la société, pas à l’individu. En revanche, les parts sociales que l’associé détient font partie de son patrimoine personnel et sont donc saisissables. Identifier précisément la qualité du créancier, à savoir créancier de la SCI ou créancier d’un associé, est la première vérification à effectuer avant tout acte. La signification d’actes par un commissaire de justice constitue souvent le point de départ incontournable de cette procédure.

Quels biens peuvent être saisis dans le patrimoine d’une SCI ?

Le patrimoine saisissable d’une SCI est plus large qu’on ne le croit souvent. La saisie immobilière d’une SCI reste la procédure la plus fréquente, mais d’autres actifs sont également accessibles :

  • Immeubles détenus par la SCI : en pleine propriété ou démembrés
  • Créances de loyers et revenus locatifs : via saisie-attribution auprès du locataire
  • Comptes bancaires ouverts au nom de la SCI
  • Matériel, mobilier ou équipements appartenant à la société
  • Parts sociales détenues par les associés : saisies séparément, dans le patrimoine de l’associé débiteur

Quels types de saisies s’appliquent à une SCI ?

Le choix de la procédure dépend de la nature du bien visé et de la qualité du créancier. Chaque type de saisie obéit à des règles procédurales distinctes et nécessite, pour la plupart, un titre exécutoire préalable avant d’engager toute procédure d’exécution.

Type de saisieObjet viséFondement légalCondition principale
Saisie immobilièreImmeubles détenus par la SCIArt. L.311-1 CPCETitre exécutoire + commandement de payer valant saisie
Saisie-attributionCréances de la SCI (loyers, comptes bancaires)Art. L.211-1 CPCETitre exécutoire + acte signifié au tiers détenteur
Saisie conservatoireTout bien de la SCI (mesure provisoire)Art. L.511-1 CPCECréance paraissant fondée + risque de non-recouvrement
Saisie des parts socialesParts détenues par l’associé débiteurArt. L.231-1 CPCETitre exécutoire + acte signifié à la SCI

Comment se déroule la saisie immobilière d’une SCI ?

un huissier effectue une saisie de SCI

La procédure suit une séquence précise que le commissaire de justice pilote de bout en bout. Elle débute par la délivrance d’un commandement de payer valant saisie, signifié à la SCI débitrice, puis publié au service de publicité foncière pour le rendre opposable aux tiers.

La SCI est ensuite assignée devant le juge de l’exécution. Le commissaire de justice rédige le cahier des charges, document central décrivant le bien et les conditions de vente. L’audience d’orientation détermine si la vente sera amiable ou forcée. Entre le commandement et la vente, la procédure prend généralement plusieurs mois selon les éventuelles contestations soulevées.

Quel est le rôle du juge de l’exécution dans la procédure ?

Le juge de l’exécution est l’autorité centrale de toute procédure de saisie immobilière. Il préside l’audience d’orientation, au cours de laquelle il choisit entre une vente amiable, si le débiteur présente une offre sérieuse, et une vente forcée aux enchères. Il fixe la date de vente et tranche les contestations soulevées par la SCI ou ses associés.

Le débiteur dispose d’un délai strict après la signification du commandement pour soulever ses contestations. Passé ce délai, les moyens de défense sont largement limités. Le JEX est également compétent pour statuer sur les contestations relatives à la saisie des droits d’associés, notamment en cas de litige sur la valeur des parts ou la régularité de la procédure.

Comment saisir les parts sociales d’une SCI ?

Les parts de SCI sont des biens meubles incorporels saisissables sur le fondement de l’article L.231-1 CPCE. La procédure présente une particularité notable : elle se réalise sans commandement préalable. Le commissaire de justice signifie directement l’acte de saisie à la SCI, considérée comme tiers dans la procédure.

Dès la signification, les parts deviennent inaliénables. L’acte est dénoncé à l’associé débiteur, qui dispose d’un droit de contestation devant le juge de l’exécution. Selon l’article R.221-30 CPCE, le débiteur bénéficie d’un délai d’un mois pour procéder à une vente amiable, sous contrôle du commissaire de justice. À défaut, la vente forcée aux enchères est organisée. Prendre un nantissement complémentaire en amont reste la meilleure façon de sécuriser le boni de liquidation!

Les clauses d’agrément statutaires bloquent-elles la vente forcée ?

Non, et cette idée reçue décourage à tort certains créanciers de lancer la procédure. La cour d’appel de Paris, dans une décision du 11 décembre 1992, a tranché clairement : les clauses d’agrément statutaires ne sont pas opposables en cas de vente forcée des parts de SCI. L’adjudicataire n’a pas besoin de l’agrément des autres associés pour entrer dans la société.

La distinction est simple : la vente volontaire est soumise à l’agrément prévu à l’article 1861 du Code civil, la vente forcée ne l’est pas. Les associés conservent en revanche la faculté de substitution prévue à l’article 1867 du Code civil. S’ils ne l’exercent pas dans les délais, l’acquéreur est réputé agréé de plein droit.

Quels droits les associés conservent-ils avant la vente forcée ?

L’article 1868 du Code civil accorde aux associés une dernière fenêtre d’action dans le mois précédant la vente forcée. Deux options s’offrent à eux : voter la dissolution de la SCI ou racheter les parts saisies selon les modalités des articles 1862 et 1863 du Code civil.

  1. Le commissaire de justice notifie aux associés la date de vente prévue, au moins un mois à l’avance (art. 1868 C. civ.)
  2. Dans ce délai, les associés peuvent voter en assemblée générale la dissolution de la SCI
  3. Alternativement, les associés ou la société peuvent racheter les parts saisies aux conditions fixées par les articles 1862 et 1863 du Code civil
  4. Si aucune option n’est exercée, la vente forcée aux enchères se tient à la date fixée
  5. Après la vente, les associés peuvent encore exercer une faculté de substitution (art. 1867 C. civ.) ; le non-exercice vaut agrément de l’acquéreur

Quelle est la responsabilité des associés face aux dettes de la SCI ?

L’article 1857 du Code civil pose trois principes qui gouvernent la responsabilité des associés de SCI. Ce triptyque est protecteur pour les associés, mais ne constitue pas un bouclier absolu :

  • Responsabilité indéfinie : chaque associé répond des dettes de la SCI sur l’ensemble de son patrimoine personnel, sans plafond lié au montant de ses apports
  • Responsabilité non solidaire : chaque associé n’est tenu qu’à proportion de sa quote-part dans le capital social (un associé détenant 30 % des parts ne peut être poursuivi que pour 30 % de la dette)
  • Responsabilité subsidiaire : le créancier doit d’abord poursuivre la SCI elle-même avant de pouvoir se retourner contre les associés à titre personnel
  • Protection de la résidence principale : depuis la loi Macron du 5 août 2015, la résidence principale de l’associé est insaisissable de plein droit, même si sa responsabilité personnelle est engagée

Peut-on remettre en cause un apport immobilier à une SCI pour atteindre un bien ?

Lorsqu’un débiteur a apporté un immeuble à une SCI pour le soustraire à ses créanciers, des recours existent. Le moment de l’apport par rapport à la naissance des dettes est déterminant : un apport antérieur aux dettes est en principe inattaquable, tandis qu’un apport postérieur peut être contesté. Quatre voies s’ouvrent alors :

  1. Démonstration de la fictivité de la SCI : si la SCI n’a aucune réalité économique propre et sert uniquement d’écran patrimonial, le juge peut écarter la personnalité morale et permettre la saisie directe de l’immeuble
  2. Action oblique (art. 1341-1 C. civ.) : le créancier agit à la place de son débiteur pour exercer des droits que celui-ci néglige, notamment pour récupérer des actifs indûment laissés dans la SCI
  3. Action paulienne (art. 1341-2 C. civ.) : le créancier demande l’inopposabilité de l’apport frauduleux à son égard, à condition de prouver que l’apport a été réalisé en fraude de ses droits et postérieurement à la naissance de sa créance
  4. Annulation de l’apport en période suspecte : dans le cadre d’une procédure collective, les apports réalisés pendant la période suspecte peuvent être annulés par le tribunal

Analyse stratégique avant de lancer une saisie de parts de SCI

Avant de s’engager dans une cession forcée de parts de SCI, plusieurs questions méritent une réponse claire. La première porte sur la valeur réelle des parts : elles subissent généralement une décote de 10 à 20 % par rapport à la valeur de la quote-part correspondante de l’immeuble, en raison du caractère fermé de la société et de l’absence de libre disposition de l’immeuble pour l’acquéreur.

Il faut également vérifier si un nantissement existe déjà sur les parts, auquel cas le saisissant se retrouvera en concurrence directe avec le créancier nanti. La situation fiscale de la SCI influe aussi sur la valorisation des parts et sur les conséquences d’une dissolution. Les commissaires de justice d’Atlas Justice spécialisés en procédures complexes construisent systématiquement cette grille d’analyse avant de conseiller leurs clients.

Sources

  • Publications Prairial / Bacage : CA Grenoble, 1re ch., 08 octobre 2024, n° 24/00778
  • Legifrance : articles 1857, 1862, 1863, 1867 et 1868 du Code civil ; articles L.211-1, L.231-1, L.311-1, L.511-1, R.221-30 et R.233-7 du Code des procédures civiles d’exécution

FAQ

Un créancier personnel d’un associé peut-il saisir les immeubles de la SCI ?

Non. Le créancier personnel d’un associé ne peut pas saisir les immeubles appartenant à la SCI : ces biens font partie du patrimoine de la personne morale, pas du patrimoine de l’associé. La seule voie ouverte est la saisie des parts sociales détenues par l’associé débiteur. Une exception existe si le créancier dispose d’une hypothèque conventionnelle ou judiciaire inscrite sur un bien appartenant à la SCI.

Quel est le délai de prescription pour poursuivre une SCI en recouvrement ?

Le délai de prescription de droit commun applicable aux dettes de la SCI est de cinq ans, conformément à l’article 2224 du Code civil. Ce délai court à compter du jour où le créancier a connu ou aurait dû connaître les faits lui permettant d’exercer son action. Ce délai peut être interrompu par un acte signifié par un commissaire de justice, ce qui remet le compteur à zéro.

La SCI familiale bénéficie-t-elle d’une protection particulière contre les saisies ?

Non. La SCI familiale n’est pas une catégorie juridique distincte et ne bénéficie d’aucune protection supplémentaire par rapport à une SCI classique. Les mêmes règles de saisie s’appliquent, qu’il s’agisse des biens immobiliers de la société ou des parts sociales des associés. La nature familiale de la SCI ne constitue pas un obstacle à la procédure de saisie.

Peut-on saisir l’usufruit de parts sociales d’une SCI ?

Oui. L’usufruit de parts sociales de SCI est saisissable via la procédure de saisie des droits d’associés, sur le fondement des articles L.231-1 et R.231-1 CPCE, même si l’usufruitier n’a pas formellement la qualité d’associé. La cour d’appel de Grenoble l’a confirmé dans une décision du 8 octobre 2024 (n° 24/00778). La saisie doit porter sur le droit réel d’usufruit lui-même, et les droits du nu-propriétaire doivent être respectés tout au long de la procédure.

Faut-il un titre exécutoire pour saisir une SCI ?

Oui, un titre exécutoire est obligatoire pour toutes les saisies-exécution : saisie immobilière, saisie-attribution et saisie des parts sociales. Une saisie conservatoire peut être pratiquée sans titre exécutoire si la créance paraît fondée en son principe et si le recouvrement est menacé, mais elle devra être confirmée par un titre dans un délai légal. Le titre exécutoire peut être un jugement, un acte notarié exécutoire ou une décision arbitrale revêtue de l’exequatur.

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Grégoire HERMET

Maître Grégoire Hermet est Commissaire de justice (ex-Huissier de justice) chez Atlas Justice. Son domaine d'intervention privilégié concerne le droit immobilier du quotidien, avec une forte dominante sur la gestion des contentieux locatifs (rédaction de baux, recouvrement de loyers impayés, procédures d'expulsion). Il est également l'expert de l'étude pour la constatation et la résolution des troubles anormaux de voisinage (nuisances sonores, dégâts des eaux, empiètements).
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